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	<title>Histoire insolite &#8211; Curiosités Juridiques</title>
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	<description>Cabinet de Curiosités Juridiques : objets, livres et articles de droit insolite.</description>
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	<title>Histoire insolite &#8211; Curiosités Juridiques</title>
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	<item>
		<title>Le procès du Dr Petiot : une plaidoirie de 6h30 !</title>
		<link>https://www.curiositesjuridiques.fr/le-proces-du-dr-petiot-une-plaidoirie-de-6h30/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Raphaël]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Oct 2018 16:55:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire insolite]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Temps de lecture : 19 minutes.&#160; À l’occasion de l’acquisition d’une lettre autographe authentique du Docteur Petiot, le cabinet des Curiosités Juridiques revient sur le procès du tueur en série le plus emblématique de l’après-guerre. La plaidoirie fameuse de six heures trente de son avocat, Maître Floriot, ne le sauvera pas. La Cour d’assises de [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Temps de lecture : 19 minutes.&nbsp;</p>



<p>À l’occasion de l’acquisition
d’une lettre autographe authentique du Docteur Petiot, le cabinet des
Curiosités Juridiques revient sur le procès du tueur en série le plus
emblématique de l’après-guerre. La plaidoirie fameuse de six heures trente de
son avocat, Maître Floriot, ne le sauvera pas. La Cour d’assises de la Seine condamnera
Petiot à la peine capitale pour les assassinats de vingt-sept victimes. Soixante-trois
selon l’auteur… </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-e19af864"><img decoding="async" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-procès.jpg" alt="" class="wp-image-1286"/></figure>
</div>


<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une découverte macabre </strong></h3>



<p>Le 11 mars 1944 au soir, les habitants de la rue Le Sueur dérangés depuis plusieurs jours par une épaisse fumée noire et puante émanant des cheminées du 21, se décident à en faire la remarque au propriétaire des lieux.&nbsp;Or il n’est pas là. Deux agents de police sont alors dépêchés sur place, appelés par les voisins. Le concierge les informe que le propriétaire de l’hôtel particulier s’appelle Marcel Petiot, il s’agit d’un médecin aimable et discret.</p>



<p>Joint par téléphone, le docteur Petiot insiste pour que l’on ne pénètre pas les lieux avant son arrivée avec les clés. Mais pressés par l’urgence, les agents appellent les pompiers qui entrent par une fenêtre. Le caporal-chef raconte&nbsp;: « … avec mes hommes, je suis descendu dans le sous-sol, près du calorifère où j’ai aperçu des débris humains et une chaudière allumée ronflant fortement dans laquelle brûlait de la chair humaine. À ce moment, mon attention a été attirée par une main humaine au bout d’un bras décharné dépassant d’un tas de débris humains et qui m’apparut être une femme&nbsp;». Des corps sont coupés, d&#8217;autres brûlent, certains se défont&nbsp;&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-2aaf2c38"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="600" height="532" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Rue-le-Sueur.jpg" alt="" class="wp-image-1282" srcset="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Rue-le-Sueur.jpg 600w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Rue-le-Sueur-300x266.jpg 300w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Rue-le-Sueur-324x287.jpg 324w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Rue-le-Sueur-416x369.jpg 416w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /><figcaption>Les autorités évacuent des corps de l&#8217;hôtel particulier</figcaption></figure>
</div>


<p>Les pompiers mettent à jour un
charnier, des morceaux de corps déchiquetés jonchent le sol pendant que
d’autres brulent, tandis qu’arrive le frère du Docteur Petiot. Confronté à la
scène, il dit aux agents&nbsp;: «&nbsp;Je risque ma tête, vous savez&nbsp;!&nbsp;Ce
que vous voyez là, ce sont des Allemands ou des gens traitres à la patrie. Je
suis à la tête d’un grand réseau de la Résistance, moi-même et mes amis sommes
en danger. Et vous-mêmes, êtes-vous de bons Français&nbsp;? oui&nbsp;?! alors
laissez-moi partir&nbsp;! J’ai des centaines de dossiers à faire disparaître
avant que les Allemands mettent la main dessus. Laissez-moi
partir&nbsp;!&#8230;&nbsp;». </p>



<p>Convaincus par ce discours,
l’homme que les agents laissent partir n’est autre que Petiot lui-même.
Commence alors deux enquêtes, l’une pour retrouver le suspect, l’autre pour
déterminer exactement de quoi il est suspecté… </p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le procès du «&nbsp;Docteur Satan&nbsp;» </strong></h3>



<p>Nous avons fait le choix de
revenir sur les faits et la cavale de Petiot grâce au réquisitoire de l’avocat
général Pierre Dupin durant son procès, tenu à la Cour d’assises de la Seine –
devenue Cour d’assises de Paris – du 18 mars au 4 avril 1946. Ce dernier va retracer
la vie de l’accusé ainsi que les meurtres desquels il est accusé. Vint ensuite
la plaidoirie de Maître René Floriot, ténor du barreau. Restée fameuse pour
avoir durée presque sept heures…&nbsp;! </p>



<p>Ce procès est considéré par&nbsp;la presse de l’époque comme « l&#8217;un des plus grands procès de l&#8217;histoire criminelle » et Petiot comme le&nbsp;« plus grand criminel des temps modernes ». Les médias ont feuilletonné l’affaire durant des mois, étalant des découvertes macabres, les corps, les techniques d’assassinat du «&nbsp;docteur Satan&nbsp;»&nbsp;; rendant compte d’un intérêt de l’opinion publique pour les tueurs en série.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le réquisitoire de l’avocat général Pierre Dupin</strong></h3>



<p>«&nbsp;En présence d’un drame
aussi effroyable, je ne puis, en abordant ce débat, dominer un sentiment
d’horreur. Jamais, en effet, affaire aussi tragique ne fut soumise aux
délibérations d’une cour d’assises. Et je ne puis m’empêcher de penser qu’il y
a vingt-cinq ans se déroulaient devant les assises de Seine-et-Oise les débats
du procès […] Landru. </p>



<p>Landru qui avait fait disparaître
onze femmes. Les onze fiancées de Landru&nbsp;! Et tout le monde pensait que
jamais on ne reverrait procès aussi abominable. On se trompait lourdement, car
aujourd’hui Landru est largement dépassé. </p>



<p>Aujourd’hui, ce n’est pas onze
assassinats – c’est vingt-sept assassinats commis pour le plus vil des mobiles,
commis par cupidité, pour dépouiller les victimes de la totalité de leurs
biens. </p>



<p>Vingt-sept assassinats accomplis
dans des conditions qui dépassent en horreur tout ce que l’imagination peut
concevoir. </p>



<p>Peut-être tout à l’heure
élèverai-je la voix avec véhémence, peut-être sortira-t-il de ma bouche
quelques mots cinglants et rudes. S’il en est ainsi, je tiens à m’en expliquer
par avance. </p>



<p>C’est que devant la tactique
adoptée par ce misérable, devant l’attitude cynique et révoltante qu’il a
adoptée dès le début de l’information et dont il ne s’est pas départi durant
ces longs débats, je suis contrait de me dresser et d’accuser avec véhémence. </p>



<p class="has-medium-font-size">Et, tout d’abord, dans cette
affaire plus que dans tout autre, la personnalité de l’accusé domine les
faits&nbsp;; et pour comprendre cet effroyable drame, il est indispensable que
vous connaissiez bien l’homme que vous avez à juger. </p>



<p>C’est, en effet, un individu peu
banal que celui qui comparaît devant vous&nbsp;: remarquablement intelligent,
dénué de tout scrupule, admirable comédien, profondément pervers et sadique,
Petiot va mener une existence des plus mouvementées. </p>



<p>Né le 17 janvier 1897 à Auxerre
où son père était fonctionnaire, Petiot fit ses premières études au collège de
cette ville. Il fut mis à la porte de l’établissement pour inconduite et vint
terminer ses études à Paris. Reçu bachelier en 1915, il est appelé pour le
service militaire en 1919. Blessé l’année suivante […] il est réformé. Il va à
Lyon où il fait rapidement sa médecine, en trois années. </p>



<p>Dès qu’il a terminé ses études,
il va s’installer médecin à Villeneuve-sur-Yonne. Rapidement, il acquiert une
nombreuse clientèle&nbsp;: beau parleur, admirable comédien, il exerce sur la
foule une véritable séduction, et il ne l’ignore pas. </p>



<p>Cependant, il révéla vite sa personnalité, celle d’un hypocrite et celle d’un pervers. […] Élu conseiller municipal de la commune de Villeneuve-sur-Yonne, il devint maire assez rapidement. On peut dire qu’il fut le tyran de la ville. Il aurait sans doute fait une brillante carrière politique si ses malversations et ses indélicatesses multiples n’avaient été révélées. En effet, ses électeurs apprirent assez vite les nombreux vols qu’il commit en tant que maire, et finirent au bout d’un certain temps par lui retirer leur confiance.</p>



<p>Un jour, une jeune maman vient le
trouver, avec un enfant en bas âge sur les bras, Petiot examina l’enfant et
rédigea une ordonnance que le pharmacien refusa d’exécuter&nbsp;: la dose était
si considérable qu’un adulte n’y aurait pas résisté&nbsp;: quand le pharmacien
inquiet en fit la remarque quelques jours après au Dr Petiot, il s’attira cette
réponse&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce que cela peut faire&nbsp;? Si l’enfant était
mort, eh bien&nbsp;: il n’embêterait plus sa mère.&nbsp;».</p>



<p>Le cabinet des Curiosités Juridiques propose une lettre authentique du docteur Petiot en résonance avec cet épisode&nbsp;: un certificat de naissance établit par Petiot sur papier entête de dans cette même ville&nbsp;de Villeneuve-sur-Yonne : «&nbsp;Je soussigné certifie avoir constaté au domicile […] la naissance d’un enfant <em>vivant&nbsp;</em>[…]&nbsp;».</p>



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<p>L’avocat général Dupin passe
ensuite en revue les méfaits de Petiot&nbsp;(vols – notamment celui de la croix
du cimetière, le courant électrique de la ville, d’huile, d’essence, etc.) qui
lui valent d’être révoqué de ses fonctions de maire en 1931. L’avocat de
reprendre ainsi la suite de l’histoire de Petiot qui décide de s’installer
comme médecin à Paris&nbsp;: «&nbsp;Et là, Messieurs, vous vous souvenez de ce
prospectus de charlatan avec lequel il s’est offert à la clientèle. Il commence
par prendre des titres qu’il n’a pas, des titres de médecin des hôpitaux, des
titres ronflants, et il offre à sa clientèle de la soigner dans des conditions
exceptionnellement avantageuses et avec tout le confort moderne. </p>



<p>Cependant, ses indélicatesses se
multiplient. On constate que lorsque Petiot, en tant que médecin de l’état
civil, va constater un décès, il a l’habitude de conserver par-devers lui les
pièces d’état civil des personnes dont il constate le décès.&nbsp;»</p>



<p>Petiot est cleptomane. Un jour,
de passage à la libraire Gibert de la place Saint-Michel, il y vole un livre.
Refusant de suivre l’inspecteur venu l’arrêter, il le frappe et prend la fuite.
Poursuivi en correctionnelle, il trouvera un médecin pour attester du fait
qu’il n’était pas en possession de ses facultés mentales au moment du vol. </p>



<p>Le docteur parisien est également
impliqué dans nombre d’affaires de stupéfiants. Il établit de fausses
ordonnances à des toxicomanes. Il se justifie par la réalité de la pathologie
des quatre-vingt-quinze malades qu’il soigne… Le juge ayant ordonné une
expertise médicale, les médecins concluent qu’il s’agit&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;d’un
homme intelligent, doué d’une forte volonté mais complètement dénué de tout
scrupule, comme le prouvent d’ailleurs ses antécédents. C’est avant tout un
pervers.&nbsp;Il est responsable de ses actes. »</p>



<p>Après un rappel des circonstances de la découverte macabre de la rue Le Sueur et de l’expertise des lieux&nbsp;: la chaux vive, l’ancienneté des corps démembrés de façon professionnelle, la reconstitution du puzzle des membres, des ossements et des cheveux… Pierre Dupin rappelle la cavale du suspect durant laquelle il usurpe l’identité d’un résistant.</p>



<p>L’avocat général revient sur les
allégations de Petiot, il fait partie d’un réseau de résistant de la première
heure, membre du groupe de Pierre Brossolette avant de créer lui-même le
sien&nbsp;: le Fly-Tox. Selon ses dires, c’est sa révolte face à la passivité
du peuple&nbsp;qu’il&nbsp;: «&nbsp;décide d’exterminer tous ceux qui appartenaient
à la Gestapo allemande ou française&nbsp;: dès que je me trouvais en présence
de quelqu’un ayant plus ou moins des accointances avec la Gestapo, je l’exécutais.&nbsp;»
</p>



<p>Petiot précise que les victimes
n’ayant pas été découvertes rue Le Sueur sont enterrées en forêt de Marly ou
dans le bois de Saint-Cloud. L’avocat général rappelle alors la question posée
à Petiot&nbsp;: «&nbsp;Puisque vos victimes sont enterrées dans la banlieue,
comme se fait-il que leurs vêtements soient retrouvés dans ces valises rue Le
Sueur&nbsp;?&nbsp;». </p>



<p>Au procès, les valises des
victimes présumées ont été empilées et prises en photo, l’image choquant le
public sur le nombre de victimes… </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-5febf593"><img decoding="async" width="550" height="462" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Valises-victimes.jpg" alt="" class="wp-image-1275" srcset="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Valises-victimes.jpg 550w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Valises-victimes-300x252.jpg 300w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Valises-victimes-324x272.jpg 324w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Valises-victimes-416x349.jpg 416w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /><figcaption>Les valises des victimes, Petiot et Maître Floriot en bas à droite</figcaption></figure>
</div>


<p>L’avocat de reprendre&nbsp;:
«&nbsp;Là, la question est terriblement embarrassante, tellement embarrassante
que Petiot ne répond pas, parce qu’il faudrait admettre qu’après avoir
assassiné ses victimes il les a déshabillées, complètement dépouillées, pour
transporter tous les effets et leurs bagages chez lui, rue Le Sueur. </p>



<p>Mais hélas, Messieurs, les
personnes assassinées par le docteur Petiot n’étaient pas des agents de la
Gestapo&nbsp;; les personnes assassinées par le Dr Petiot étaient, bien au
contraire, des résistants pour la plupart, des Juifs traqués qui venaient se
confier à lui, comme nous le verrons tout à l’heure. Petiot n’a travaillé ni
pour la Résistance ni contre la Résistance, car il ignorait ce qu’était la
Résistance. Petiot, c’est le sinistre assassin de droit commun qui tue pour
voler.&nbsp;». </p>



<p>Dupin démonte ensuite un à un les
«&nbsp;mensonges&nbsp;» de Petiot relatifs à ses activités de prétendu
résistant, le suspect rappelant à juste titre son arrestation par les
allemands. L’avocat général&nbsp;: «&nbsp;Quelle a été la conduite de Petiot au
moment de la Libération&nbsp;? Est-il venu se livrer à la justice&nbsp;? Au
moment où les patriotes sortaient de prison, Petiot, cet assassin de droit
commun, caché dans sa fange, sous un faux nom, avec de fausses pièces
d’identité, se cache encore chez des amis. Il s’était composé un visage. Il
s’était laissé pousser la barbe. Il portait des lunettes, dont il n’avait nul
besoin, pour se composer une physionomie d’emprunt, espérant ainsi échapper aux
investigations et aux recherches de la police&nbsp;». </p>



<p>D’ailleurs messieurs les Jurés,
j’ai ici une photographie beaucoup plus éloquente que tout ce que je pourrais
vous dire. Regardez comment Petiot sait se composer un visage quand il veut
échapper aux investigations de la police. Petiot ne pourra jamais prétendre que
s’il s’était composé un visage c’était pour fuir les Allemands, puisque tout
cela se passe bien après la Libération. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-f4baca8a"><img loading="lazy" decoding="async" width="956" height="1200" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage.jpg" alt="" class="wp-image-1276" srcset="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage.jpg 956w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage-239x300.jpg 239w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage-768x964.jpg 768w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage-816x1024.jpg 816w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage-324x407.jpg 324w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-visage-416x522.jpg 416w" sizes="auto, (max-width: 956px) 100vw, 956px" /><figcaption>Visage de Petiot transformé pour sa fuite&nbsp;</figcaption></figure>
</div>


<p>L’avocat général explique ensuite
pourquoi les allemands avaient arrêté Petiot&nbsp;: il avait laissé courir le
bruit qu’il pouvait sauver des juifs des camps afin d’attirer plus de victimes
qu’il pourrait aisément faire disparaître… «&nbsp;Mais vous pensez bien que si
les Allemands avaient cru, à un moment donné, que Petiot était pour quelque
chose, même de loin, dans la disparition d’un agent de la Gestapo, non
seulement ils ne l’auraient pas libéré, mais Petiot ne serait certainement pas
assis sur ce banc aujourd’hui. </p>



<p>«&nbsp;Le procédé criminel du
docteur Petiot peut en effet se résumer <em>grosso
modo</em> de la façon suivante&nbsp;: il invitait les personnes désireuses de
passer la ligne de démarcation. Il leur recommande de bien liquider tous leurs
biens. Il leur recommandait de se munir de tout ce qu’ils avaient de plus
précieux&nbsp;: bijoux, or, valeurs. Une fois que c’était fait et qu’ils
venaient le retrouver, il prétextait la nécessité de les vacciner contre
certaines maladies de pays tropicaux et en profitant pour injecter une
substance vénéneuse, peut-être pas mortelle immédiatement, mais qui les
étourdissait et amenait une mort lente. Ensuite, c’était un jeu d’enfant de
faire entrer ces personnes dans la petite chambre triangulaire où les cris
étaient étouffés et il n’avait plus qu’à les laisser mourir lentement. […]
Petiot se targue d’avoir fait disparaître 63 personnes. Nous n’avons pu
identifier jusqu’à ce jour que 27 personnes. Nous ne parlerons que de
celles-là.</p>



<p>Il y a deux possibilités. Il les
as tuées par piqûre, probablement, ou encore, comme le faisait remarquer le Dr
B… peut-être les a-t-il tuées par asphyxie gazeuse. Il est certain que la
chambre triangulaire, bien que n’étant pas d’une étanchéité parfaite, pouvait
servir de chambre à gaz. Une fois que Petiot avait étourdi sa victime en lui
faisant une piqûre, il lui était facile de l’introduire dans cette cellule et
de l’exécuter par asphyxie gazeuse en injectant dans ce local un gaz nocif
rapidement mortel.&nbsp;Mais je dis que l’hypothèse de la mort par piqûre
demeure encore plus vraisemblable parce que la mort par asphyxie gazeuse est
plus compliquée à réaliser que la mort par piqûre. </p>



<p>Petiot avait fait aménager l’hôtel particulier de la rue Le Sueur en cabinet macabre. Les murs mitoyens sont relevés et la cave aménagée comme suit&nbsp;: les portes sont doublées, un puit est rempli de chaux vive et la pièce triangulaire est construite, munie d’un œilleton dont l’utilisation est discutée. Permettant d’observer l’agonie des victimes, lorsque le charnier est découvert, l’œilleton est inutilisable car le papier peint fut posé par-dessus. Son utilisation ainsi que celle du triangle restent un mystère. Les victimes finissaient dissoutes dans des bains d&#8217;acide et de chaux.&nbsp;</p>



<p>Pierre Dupin relate ensuite
l’histoire de M. Marie et des époux Cardoret, souhaitant s’enfuir avec l’aide
de Petiot mais s’étant ravisés, pris d’un doute salvateur à propos de la
probité du généreux docteur. L’histoire des vaccins et l’insistance de Petiot
leur parût si étrange qu’ils se renseignèrent à ce sujet dans une clinique. </p>



<p>«&nbsp;Ensuite M. Cardoret fut
frappé – dit-il – par la malpropreté des mains de Petiot et il se dit que pour
un médecin, un chirurgien, c’était tout de même bizarre qu’il ait des mains
aussi sales. Sans doute surprit-il Petiot alors que celui-ci venait de faire un
essai de fonctionnement de son four crématoire ou venait-il peut-être de
dépecer quelques vieilles victimes&nbsp;». </p>



<p>«&nbsp;Parmi les 27 victimes
identifiées, il y a trois groupes&nbsp;: d’abord le groupe des Juifs. C’est le
groupe le plus important&nbsp;: quinze Juifs qui voulaient fuir les atrocités
raciales et qui se sont confiés à lui, espérant passer la ligne de démarcation
et se diriger vers l’étranger. Ensuite, deuxième groupe&nbsp;: trois personnes
mêlées à des affaires judiciaires gênantes pour Petiot, affaires d’avortement
ou de trafic de stupéfiant où Petiot est fortement compromis. Il les fait
disparaître parce qu’elles étaient trop gênantes. Enfin, troisième
groupe&nbsp;: ce sont des personnes de basse moralité, mais qui avaient de
l’argent, et c’est pour cette raison que Petiot les a fait disparaître.&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Enfin, Messieurs, dernière
question que je me suis posée plus de cent fois depuis deux mois que j’étudie
ce dossier&nbsp;: quel est le nombre exact d’assassinats commis par
Petiot&nbsp;? Eh bien, à cette question qui paraît si simple, je suis dans
l’impossibilité de vous répondre avec exactitude, et l’accusé lui-même serait
peut-être dans l’impossibilité de le dire.</p>



<p>On peut se demander si Petiot, au
début, n’a pas fait disparaître, dans la Seine, de nombreux cadavres. Est-ce
que Petiot, au début du fonctionnement de son abattoir, jetait les cadavres
dans la Seine après les avoir scientifiquement dépecés&nbsp;? Puis, cette
méthode ayant attiré l’attention de la police, est-ce qu’il a changé de
méthode, de tactique, brûlant les cadavres au 21, rue Le Sueur&nbsp;?&nbsp;». </p>



<p>Dupin explique qu’entre 1942 –
année d’achat de l’hôtel particulier – et 1943, des morceaux de cadavres
découpés façon Petiot sont repêchés dans l’ouest parisien&nbsp;: «&nbsp;Il y a
là une étrange coïncidence&nbsp;». </p>



<p>«&nbsp;Et maintenant, je vous
demande d’écouter la plus effrayante chronologie que vous avez entendue de
votre vie, chronologie que vous n’oublierez ni pendant la période de votre
délibéré ni pendant longtemps, j’en suis sûr. </p>



<p>Le 11 août 1941, Petiot se rend
acquéreur de l’immeuble de la rue Le Sueur et, aussitôt, préparation de
l’abattoir. Il fait construire la chambre triangulaire, la chambre des
exécutions. Il fait construire le mur au 5<sup>e</sup> étage, pour isoler
l’immeuble de tous les immeubles voisins et dès le début de janvier 1942,
l’abattoir va pouvoir commencer à fonctionner.&nbsp;» La chronologie ensuite
établie par Dupin est celle des assassinats du Docteur, visant parfois des
enfants. </p>



<p>«&nbsp;Voilà, Messieurs de la
cour, Messieurs les Jurés, ce que vous n’oublierez jamais, sans doute. On doit
s’incliner parmi ces morts, mais je dis que, malgré tout, il y a lieu de
distinguer parmi ces morts. Il y en a certains qui étaient des gens tarés, mais
il y a aussi des martyrs, il y a surtout des martyrs&nbsp;: martyrs les Khayt,
martyrs les Van Bever, martyrs les Hotins, etc.&nbsp;». </p>



<p>«&nbsp;Et il ose aujourd’hui
pousser l’infamie jusqu’à revendiquer ce titre de résistant, ce titre de héros
national. </p>



<p>Héros national, Petiot&nbsp;?
Quelle odieuse caricature… Héros national, ce massacreur de Juifs, de
résistants, de femmes, d’enfants&nbsp;? </p>



<p>Héros national, ce tueur qui a
transformé son hôtel en camp d’extermination, avec chambre à gaz, four
crématoire, fosse à chaux&nbsp;? </p>



<p>Héros national, ce médecin marron
qui se livrait sur une vaste échelle au trafic des stupéfiants&nbsp;? </p>



<p>Héros national, cet assassin en
grande série qui se cachait, après la Libération, sous un faux nom, avec de
fausses pièces d’état civil, pour essayer d’échapper aux investigations de la
police&nbsp;?</p>



<p>Et on viendra parler de
Résistance&nbsp;? Et c’est au nom de la Résistance, et c’est pour servir la
Résistance que tant de crimes, tant d’horreurs auraient été commises&nbsp;? </p>



<p>Non, Petiot… Nous ne laisserons
personne profaner davantage ce mot de Résistance. Petiot, l’heure de la justice
a sonné&nbsp;». </p>



<p>«&nbsp;Votre conscience et la
mienne, Messieurs de la cour, Messieurs les Jurés, sont donc pleinement
rassurées&nbsp;: Petiot, le monstre de la rue Le Sueur, est entièrement
responsable de ses actes. </p>



<p>Que la justice suive son cours,
et que Petiot aille bientôt retrouver ses victimes.&nbsp;». &nbsp;&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La plaidoirie de Maître René Floriot </strong></h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-2b5d78e6"><img decoding="async" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-procès-et-avocat.jpg" alt="" class="wp-image-1283"/><figcaption>Petiot au dessus de son avocat, Maître Floriot</figcaption></figure>
</div>


<p>«&nbsp;Messieurs de la cour, </p>



<p>Messieurs les Jurés,</p>



<p>Vous avez entendu, pendant quinze
heures d’horloge, les adversaires essayer de vous démontrer qu’il ne pouvait y
avoir de doute dans vos esprits et que Petiot était coupable. Le seul fait
qu’il ait fallu quinze heures pour apporter cette démonstration semble tout de
même indiquer que ce n’est pas aussi simple qu’on pouvait le penser à la
première audience. </p>



<p>Rassurez-vous&nbsp;: je ne plaiderai pas quinze heures. Je vous épargnerai ce supplice. Je vais être aussi bref que possible, mais, moi, je ne vous ferai pas de roman (il plaidera six heures trente…).</p>



<p>Tout d’abord, un premier point
qui est important. Ce procès est faussé. Quand je dis qu’il est faussé, vous
entendez bien que je n’accuse personne, car s’il est faussé, c’est de la faute
de personne, mais il est faussé tout de même. Il est toujours fâcheux, pour un
accusé, de venir devant ses juges, précédé, je ne dis pas d’une campagne de
presse – ce n’est pas le cas – mais précédé d’une opinion qui a été préparée,
inconsciemment, et qui, lorsqu’elle voit, pour la première fois, paraître dans
son box le docteur Petiot, dis&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;C’est un monstre, c’est un
assassin, c’est un voleur, c’est peut-être même un sadique&nbsp;». Comment
cette histoire est-elle née&nbsp;? De la façon la plus simple du monde. </p>



<p>Le 11 mars 1944, un coup de
tonnerre éclate&nbsp;: on a découvert, dans un hôtel particulier rue Le Sueur,
qui appartient au Docteur Petiot, des cadavres enrobés de chaux, dont certains
brûlaient dans un calorifère, et tout ce qu’on sait, c’est que Petiot a pris la
fuite. Le crime est par conséquent, signé. Et la presse – et c’est infiniment
normal – va s’en donner à cœur joie. </p>



<p>Inutile de vous dire que l’opinion,
qui ne savait autre chose que ces nouvelles et qui ne pouvait rien savoir d’autre,
a emboîté le pas. Elle l’a emboité d’autant plus facilement que la presse de l’époque
s’est bien gardé de raconter que le Dr Petiot s’était présenté rue Le Sueur, qu’il
avait parlementé avec les gardiens de la paix qui avaient découvert les
cadavres, qu’il avait réussi à les convaincre et qu’il avait dû s’en aller. </p>



<p><br> Si ce détail avait été connu d’une partie des Français, cela les aurait peut-être déjà fait réfléchir. Et puis la presse de l’époque a caché un second détail qui avait son importance : de mai 1944 à janvier 1944, le Dr Petiot avait été arrêté, martyrisé et emprisonné pendant huit mois par les allemands. </p>



<p>Donc, la presse d’abord, l’opinion
ensuite, sont persuadées qu’il ne peut y avoir aucune sorte de question&nbsp;:
le Dr Petiot est un assassin, et la seule question qui puisse être discutée, c’est
la suivante&nbsp;: a-t-il tué par cupidité ou a-t-il tué par sadisme&nbsp;? </p>



<p>Maître Floriot revient ensuite sur
les titres de presse assimilant les méthodes de Petiot à celles des nazis&nbsp;:
«&nbsp;Petiot, soldat du Reich&nbsp;», etc. Mais… «&nbsp;ceux qui ont regardé
le dossier se rendent compte que, si on prend affaire par affaire, ce n’est peut-être
pas aussi simple que cela en a l’air. </p>



<p>Et alors on imagine – et c’est du
talent de mon confrère que je dois cette invention – de faire le petit
raisonnement très simplet, qui est le suivant&nbsp;: Petiot a tué un certain
nombre de personnes, il le reconnaît. Ou bien il les as tuées par patriotisme,
et alors, c’est un résistant, ou bien il les as tuées par cupidité, et alors, c’est
une basse crapule. Il n’y a pas d’autre possibilité, il n’y a pas d’autre
hypothèse, il n’y a pas de troisième branche. </p>



<p>Donc, se dit Maître Véron, si je
démontre que Petiot n’est pas un résistant j’aurais automatiquement fait la
preuve qu’il est une basse crapule, et le jury le condamnera.&nbsp;» Et l’avocat
de rappeler les «&nbsp;colles&nbsp;» posées à Petiot afin de démontrer qu’il n’est
pas résistant tout en prenant bien soin de ne pas rentrer dans le détail de
chaque dossier. </p>



<p>«&nbsp;Et vous avez entendu hier
M. l’avocat général, sur deux heures de réquisitoire, consacrer – j’ai
chronométré – une heure quarante à vous démontrer&nbsp;: Petiot est un forban,
Petiot n’appartient pas à la Résistance, et, la rue Le Sueur, c’est la démonstration
que nous sommes en présence d’un criminel de la plus basse espèce. </p>



<p>Moi je vais plaider mon dossier,
mais avant de le faire, et très vite, rassurez-vous, je suis obligé de
reprendre très brièvement ces trois points, pour vous montrer à quel point on a
fait un roman. </p>



<p>Premièrement, on vous a dit&nbsp;:
Petiot est un forban, et on a cherché, dans sa vie, tout ce qu’on a pu trouver
de désagréable. On a cherché parmi ses ennemis, tout ce qu’on pouvait vous apporter
pour faire un tableau sombre de Petiot. Mais je crois pouvoir vous démontrer qu’on
a réellement fait l’enquête avec un parti pris évident. </p>



<p>Un exemple, un seul&nbsp;: vous
avez entendu à cette barre vingt braves gens qui sont venus nous dire&nbsp;: «&nbsp;Nous
sommes les clients du Docteur Petiot. Nous n’avons jamais connu un médecin
aussi dévoué…&nbsp;». Cela, ce n’est pas dans le dossier. </p>



<p>Villeneuve-sur-Yonne, c’est réellement
plus beau que tout. Vous avez entendu trois ou quatre témoins qui ont fait le
voyage pour venir vous dire&nbsp;: «&nbsp;Nous l’avons connu. Toute la ville
voudrait venir vous dire qui c’était, ce qu’il a fait et les services qu’il a
rendus&nbsp;». On n’en a trouvé le moyen, dans le dossier, que de mettre la
déposition un jour, en venant vous dire&nbsp;: «&nbsp;J’en veux un peu au Dr
Petiot parce qu’un jour je lui ai fait un procès d’éclairage, et il a été
acquitté. Je le soupçonne d’avoir assassiné la laitière&nbsp;». Cela a été un
éclat de rire. Il avait accusé neuf personnes, sauf le Dr Petiot. Et M. l’avocat
général qui, pourtant, est quelquefois téméraire n’a même pas osé répondre. </p>



<p>Alors, voulez-vous, après que
vous avez compris qu’on a fait ce procès d’une façon un peu curieuse et
unilatérale, au point de vue policier, que nous reprenions vite la vie de
Petiot&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Maître Floriot reprend ensuite la
vie du médecin en rappelant tout ce qu’on lui a contesté&nbsp;durant le procès :
la faible durée de ses études, sa mention en médecine, son appartenance
politique… Une fédération de son parti avait publié un communiqué pour démentir
qu’il aurait appartenu à leur groupe&nbsp;: «&nbsp;Voilà, Messieurs, le courage
de ces gens qui, avant de savoir ce qui allait se passer, avant même que les
débats soient clos viennent vous dire&nbsp;: «&nbsp;Mais non, il n’appartenait
pas à notre groupe.&nbsp;» Je me demande pourquoi ceux qui s’appelle Marcel,
comme lui, n’ont pas publié dans la presse un démenti en disant&nbsp;: Marcel
Untel prévient le public qu’il a aucune espèce de rapports avec Marcel Petiot.&nbsp;Voilà
où nous en sommes&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>L’avocat de Petiot revient
ensuite sur sa vie de maire, «&nbsp;élu à la quasi-unanimité a à peine trente ans&nbsp;»,
«&nbsp;réélu triomphalement&nbsp;».&nbsp;«&nbsp;Le préfet se fâche, parce que
ce petit maire de cette petite ville fait beaucoup de bruit. On le révoque. Le
conseil municipal démissionne en bloc. Messieurs, voyez le courage, à l’heure
actuelle, des autorités constituées&nbsp;: je demande à la mairie de Villeneuve
de m’envoyer cette délibération. On me répond&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Monsieur, elle
n’est pas signée par tous les membres. On ne peut pas vous l’envoyer&nbsp;». </p>



<p>Je réponds&nbsp;: «&nbsp;envoyez
la telle qu’elle est&nbsp;». </p>



<p>On me répond&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Envoyez-nous
du papier timbré pour qu’on puisse vous faire un extrait&nbsp;». </p>



<p>Je l’envoie. On me répond&nbsp;: «&nbsp;envoyez
20 francs pour les frais d’envoi&nbsp;». </p>



<p>Le dossier raconte que suite à
plusieurs affaires (vol d’électricité, vol de la croix du cimetière, et tant d’autres)
Petiot dut quitter Villeneuve&nbsp;: «&nbsp;Mais non, regardez votre dossier et
vos dates&nbsp;: cela n’a aucun rapport. Petiot est venu à Paris. Vous voulez
savoir pourquoi&nbsp;? Pour une raison bien simple&nbsp;: sa femme était
parisienne. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que même pour les gens
autoritaires, comme Petiot, il y a des cas où c’est la femme qui dirige. Elle n’aimait
pas Villeneuve. Elle a emmené son mari à Paris.&nbsp;»</p>



<p>René Floriot revient ensuite sur
les affaires de stupéfiant avant d’aborder la question de la Résistance
prétendue de son client.&nbsp;Il démontre d’abord que l’appartenance à un
groupe est sans incidence afin de déterminer le bien-fondé d’une action
résistante. Elle peut-être individuelle, spontanée et tout aussi honorable. </p>



<p>«&nbsp;Je reconnais que je dois vous prouver, pour les victimes qui sont reconnues par Petiot, victime par victime, qu’ils étaient des agents ou des indicateurs de la Gestapo. Je reconnais que je vous dois cette preuve et que si, pour un seul d’entre eux, je ne fais pas cette preuve, le Dr Petiot doit être condamné. Ce qu’on a cherché, dans le passé de Petiot, on a cherché sans bienveillance. A-t-on trouvé, une fois, un mot, un geste, qui soit antifrançais&nbsp;? A-t-on trouvé, un jour, une expression, dans la bouche de Petiot, qui démontre qu’il n’avait pas la haine de l’Allemand&nbsp;? Non seulement vous n’avez rien, mais vous avez encore ce défilé de gens qui sont venus à cette barre et qui vous l’ont dit.&nbsp;». Maître Floriot rappelle les témoignages de Résistants ayant connu Petiot en prison&nbsp;: «&nbsp;On l’a connu. Dans le silence de la cellule, quand on tourne en rond pendant des heures, il n’est pas possible de tromper celui qui est à côté de vous. Nous sommes convaincus que Petiot était un homme qui avait la haine de l’Allemand&nbsp;».</p>



<p>Maître Floriot de reprendre&nbsp;:
«&nbsp;Je prendrai rapidement chaque affaire. Pour ceux dont les crimes sont
contestés, je vous démontrerai que la preuve n’est pas faite, et pour ceux dont
les crimes sont reconnus, je vous démontrerai que ces crimes sont justifiés ».
Il examine ensuite chaque cas en mettant en avant les incohérences propres à chaque
victime. Il affirme, pour celles dont les corps n’ont pas été retrouvés qu’elle
sont évidemment passées en Amérique du sud&nbsp;! La démonstration que le
chapeau attribué à l’une des victimes n’est en réalité pas le sien fait sensation.
Déjà pendant les interrogatoires, Floriot avait interrogé un psychiatre en lui
demandant si les travers psychiques de Petiot étaient partagés avec sa sœur&nbsp;?
Le médecin de répondre que non, que sa sœur était saine d’esprit&nbsp;: «&nbsp;Mais
il n’a pas de sœur&nbsp;!&nbsp;» C’est alors emporté, content de son effet, l’avocat.
</p>



<p>«&nbsp;J’ai fini&nbsp;!&#8230;</p>



<p>Je vous ai dit&nbsp;: prenez
garde&nbsp;! cent dossiers ont été établis comme cela, quatre-vingt-douze ont
été abandonnés&nbsp;; il n’en restait que huit. Je vous les ai pris un à un&nbsp;:
vous voyez ce que cela vaut. Pouvez-vous concevoir que le même homme qui,
souvent, la nuit, prenait sa bicyclette pour aller à Levallois faire la piqûre qui
pouvait sauver un enfant et qui ne demandait rien en échange&nbsp;; ce même
homme, le lendemain, pour gagner quelques milliers de francs, aurait abattu un
enfant&nbsp;?&#8230; c’est de la démence&nbsp;!&#8230; </p>



<p>Et puis, vous avez entendu à
cette barre Richard Lhéritier, vous avez entendu Courtois, qui sont venus dire&nbsp;:
«&nbsp;Nous ne pouvons pas vous dire ce qu’a fait le docteur, nous n’y étions
pas, mais nous pouvons vous dire ce que nous avons vu pendant soixante-dix-huit
jours, l’un, pendant six mois, l’autre. Que cet homme ait tué pour l’argent, c’est
impossible&nbsp;!&#8230;&nbsp;»</p>



<p>Ils vous ont dit cela avec l’autorité
de gens qui ont souffert, avec l’autorité de gens qui ont sur la poitrine la preuve
de leur bravoure, avec l’autorité de celui qui est resté deux ans dans un camp
de déportation allemand, avec l’autorité de gens qui sachant tout ce qu’on a
raconté sur Petiot, sont venus dire quand même&nbsp;: «&nbsp;Cela n’est pas possible&nbsp;!&#8230;
Cet homme n’a pas pu faire cela pour les Allemands ».</p>



<p>On ne trompe pas un voisin de
cellule. Pendant six mois, cet homme a été antiallemand&nbsp;; il crachait sa
haine pour les Allemands, il faisait des rêves fous de vengeance à la sortie&nbsp;!
Allons donc&nbsp;! cet homme qui se dévoue pour les gosses, qui se dévoue sans
contrepartie pécuniaire, cet homme qui, en prison, alors qu’il pourrait faire l’homme
doux, l’homme gentil pour s’attirer la complaisance de ses geôliers, cet homme-là
proclame sa haine pour les allemands, au risque des pires représailles. </p>



<p>Cet homme, auquel on a limé les
dents sur 3mm pour lui faire avouer des secrets qu’il n’a jamais voulu lâcher,
cet homme qui, à la fin, devant le Dr Yourkoum qui lui disait&nbsp;: «&nbsp;Je
vous libérerais&nbsp;» répondait&nbsp;: «&nbsp;Cela m’est égal&nbsp;». Vous
voudriez que ce soit un assassin&nbsp;? </p>



<p>Cet homme qui a craché sa haine aux
Allemands, vous ne comprenez pas qu’il n’est pas normal qu’il ait fait ce que
vous dites&nbsp;? Ah&nbsp;! Qu’il ne soit pas comme les autres, qu’il ait un
tempérament qui ne soit pas comme le nôtre, c’est entendu. […] Mais ne dites
pas que c’est un assassin&nbsp;; ne dites pas que c’est un cupide… Toute sa vie
vous démontre le contraire, et toute sa détention vous démontre le contraire. </p>



<p>Et permettez-moi de finir en vous
rappelant ce mot, que j’ai trouvé infiniment courageux, de Richard Lhéritier,
officier du Mérite de la Résistance, croix de guerre, déporté au camp d’Auschwitz,
vous disant&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Quel que doit le verdict, je serai fier d’avoir
été le compagnon du Dr Petiot&nbsp;!&#8230;&nbsp;» </p>



<p>Messieurs, je vous en ai trop dit,
je m’excuse d’avoir été trop long, mais il fallait, je crois, faire ce travail.
Je remets Petiot entre vos mains&nbsp;; je suis certain que vous répondrez «&nbsp;non&nbsp;»
à toutes les questions qui vous seront posées&nbsp;!&nbsp;». </p>



<p>Le président&nbsp;: «&nbsp;Petiot,
qu’avez-vous à ajouter pour votre défense&nbsp;?&nbsp;». Petiot de répondre&nbsp;:
«&nbsp;Je ne peux pas… rien&nbsp;!&#8230; Vous êtes français, vous savez que j’ai
supprimé des membres de la Gestapo… Vous savez aussi ce que vous avez à faire&nbsp;!&#8230;&nbsp;».
Malgré cela, il sera condamné à mort. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter advgb-dyn-6c60ce1e"><img decoding="async" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/Petiot-endormi-pendant-la-délib.jpg" alt="" class="wp-image-1274"/><figcaption>&nbsp;Petiot endormi pendant les délibérations</figcaption></figure>
</div>


<h3 class="wp-block-heading"><strong>La dernière ordonnance du Docteur Petiot</strong></h3>



<p>Au matin de son exécution par
guillotine le 25 mai 1946, son avocat le réveille en lui souhaitant du courage,
il lui répond&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Tu me fais chier&nbsp;». Ses derniers mots
seront&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je suis un voyageur qui emporte ses bagages&nbsp;» et
pour son avocat&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Ça ne va pas être beau&nbsp;». </p>



<p>Petiot nous a laissé un ouvrage, écrit avant son exécution <em>Le hasard vaincu</em>, un essai expliquant comment gagner à certains jeux de hasard. Certains ont vu dans ces suites mathématique la carte au trésor indiquant où sont les biens des victimes de Petiot. Le butin est estimé à plusieurs millions d&#8217;euros.&nbsp;</p>



<p>Desproges dira de lui dans son sketch <em>Des Juifs se sont glissés dans la salle</em>&nbsp;: «&nbsp;Tous les médecins sont juifs. Enfin, presque tous. Le docteur Petiot, c’est pas sûr… Le Docteur Petiot, c’est ce médecin qui a démontré en 1944 que les juifs étaient solubles dans l’acide sulfurique&nbsp;».</p>
<p>L’article <a href="https://www.curiositesjuridiques.fr/le-proces-du-dr-petiot-une-plaidoirie-de-6h30/">Le procès du Dr Petiot : une plaidoirie de 6h30 !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.curiositesjuridiques.fr">Curiosités Juridiques</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;affaire de l&#8217;étudiant de Bokassa</title>
		<link>https://www.curiositesjuridiques.fr/laffaire-de-letudiant-de-bokassa/</link>
					<comments>https://www.curiositesjuridiques.fr/laffaire-de-letudiant-de-bokassa/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Théo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Oct 2018 18:00:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire insolite]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.curiositesjuridiques.fr/?p=1119</guid>

					<description><![CDATA[<p>Temps de lecture : 7 minutes. Le 4 décembre 1977, Didier Piganeau, étudiant à la faculté de Poitiers, assiste au sacre de Bokassa Ier en tant qu&#8217;invité personnel de l&#8217;empereur de Centrafrique. Didier Ier, Roi de Basoche, est le témoin vivant qu&#8217;étudier l&#8217;histoire du droit peut ouvrir des perspectives insoupçonnées. Histoire de la Basoche Du [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Temps de lecture : 7 minutes.</p>



<p style="font-size:20px"><strong>Le 4 décembre 1977, Didier Piganeau, étudiant à la faculté de Poitiers, assiste au sacre de Bokassa I<sup>er</sup> en tant qu&#8217;invité personnel de l&#8217;empereur de Centrafrique. Didier I<sup>er</sup>, Roi de Basoche, est le témoin vivant qu&#8217;étudier l&#8217;histoire du droit peut ouvrir des perspectives insoupçonnées.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Histoire de la Basoche</h2>



<p style="font-size:20px">Du X<sup>ème</sup> au XIV<sup>ème</sup> siècle, le Palais de la Cité à Paris était la résidence et le siège du pouvoir des Rois de France. De l&#8217;installation de son Conseil royal par Hugues Capet et presque jusqu&#8217;à l&#8217;inauguration du nouveau Palais de justice de Paris au printemps 2018, l&#8217;île de la Cité est donc le théâtre d&#8217;un ballet incessant entre gens de pouvoir et gens de justice que ce soit sous Saint Louis qui affectionne particulièrement les lieux ou sous Louis XVI qui termine son règne, raccourci, en laissant sur l&#8217;île de la Cité les principales institutions du royaume de France dont la chambre des Comptes mais surtout le Parlement de Paris.<a id="a" class="mce-item-anchor"></a><a href="#i">[i]</a> Ainsi, juges, avocats et procureurs furent désignés Clercs de la basoche, du latin <em>basilica</em> qui signifie&nbsp;palais royal, le palais de la Cité.</p>



<p style="font-size:20px">En 1303, Philippe le Bel reconnaît alors une association nouvelle et lui accorde certains privilèges. La Basoche était consacrée. Associés pour le plaisir, les basochiens élisaient un chef qui prenait le titre pompeux de roi de la basoche, avait une cour, des grands officiers, une monnaie, des armoiries (trois écritoires d&#8217;or sur champ d&#8217;azur) et donnèrent naissance à une grande tradition de la farce, des sotties, des moralités et autres productions de théâtre comique du Moyen-âge. François I<sup>er</sup> goûtant peu le ton caustique des juristes de l&#8217;époque interdit leurs représentations en 1540 mais la Basoche survécut tout de même jusqu&#8217;en 1793.<a id="b" class="mce-item-anchor"></a><a href="#ii">[ii]</a></p>



<h2 class="wp-block-heading">La renaissance poitevine du royaume de Basoche</h2>



<p style="font-size:20px">Mécontents de cet état de fait et fertiles d&#8217;un terreau de juristes regrettant sa perte depuis bientôt deux siècles, c&#8217;est en 1962 que renaît le royaume de Basoche sous la forme d&#8217;une confrérie étudiante pictave réservée aux futurs juristes. Cette monarchie de &#8216;droit du vin&#8217; à la joyeuse devise « Boire bite et bien » se reconnaît sous le signe de Bacchus.<a id="c" class="mce-item-anchor"></a><a href="#iii">[iii]</a> L&#8217;organisation du royaume est simple, un Roi, une Église et une Armée « ce qui fait au moins trois personnes » constate Didier I<sup>er</sup>, Roi choisi par ses sujets en 1975 en raison de son retard à la réunion de désignation qui agrégeait alors une demi douzaine de clercs royaux. <a id="d" class="mce-item-anchor"></a><a href="#iv">[iv]</a></p>



<p style="font-size:20px"><strong>Didier I<sup>er</sup>, 23 ans, anciennement Didier Piganeau, suit alors la trace de ses prédécesseurs en perpétuant la coutume du GIP, le gag intellectuel et paillard.</strong></p>



<p style="font-size:20px">Les voilà donc, pêle-mêle, qui portent des pétards au commissariat, relâchent des oiseaux exotiques dans les fontaines publiques, et observent la réaction des républicains – tous ceux qui ne sont pas sujets du Royaume – après l&#8217;affichage d&#8217;une banderole « Changement de propriétaire » devant l&#8217;hôtel de ville de Poitiers à l&#8217;annonce des résultats des élections municipales.<a id="e" class="mce-item-anchor"></a><a href="#v">[v]</a></p>



<p style="font-size:20px">Toutefois, en 1977, regrettant la place de premier plan qu&#8217;occupait la Basoche près la Royauté au Moyen-âge, Didier I<sup>er</sup> et ses sujets entendent bien redorer les trois écritoires figurant à leur blason. Si cette année est celle du jubilé d&#8217;argent de la Reine Elizabeth II, les étudiants en droit ne sont toutefois pas disponibles en raison de leurs partiels et le Roi de Basoche n&#8217;a pas été convié aux festivités. Qu&#8217;à cela ne tienne, ils décident tout de même de s&#8217;excuser de leur absence par un bref télégramme adressé à la souveraine de Buckingham Palace : <em>« Impossible to come and have tea with you because exams &#8211; Congratulations &#8211; Boire bite et bien &#8211;&nbsp;</em>signé<em> Sa majesté Didier I<sup>er</sup>, Roi de Basoche ».</em><a id="f" class="mce-item-anchor"></a><a href="#vi">[vi]</a></p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="584" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-768x584.jpg" alt="" class="wp-image-1127" srcset="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-768x584.jpg 768w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-300x228.jpg 300w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-1024x778.jpg 1024w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-324x246.jpg 324w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45-416x316.jpg 416w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/capture-decran-2018-10-03-y-17.42.45.jpg 1316w" sizes="auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px" /><figcaption>Télégramme de Didier I<sup>er</sup> à Elizabeth II</figcaption></figure></div>



<p style="font-size:20px">Sans réponse ni nouvelle invitation, la confrérie lorgne alors sur un nouvel objectif.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&#8217;invitation au sacre de Bokassa</h2>



<p style="font-size:20px">En octobre 1977, se fait jour le projet de Bokassa de se faire sacrer Empereur de Centrafrique. Le Royaume de Basoche convoque alors son grand plumitif qui rédige une lettre à l&#8217;adresse de celui qui est encore simple Président « Mon cher cousin », parce que « vous savez, tous les souverains sont cousins, alors forcément ça fait des liens » explique Didier I<sup>er</sup> dans son interview à Radio France Internationale. Le grand plumitif y expose l&#8217;histoire du royaume de Basoche, la proximité de son Roi avec les grands de ce monde et conclut en ces termes : « Vous qui êtes très soucieux de la tradition française, vous n&#8217;avez plus qu&#8217;à inviter le Roi de Basoche ». Ce qui tombe bien puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;examens en décembre, date prévue du sacre.</p>



<p style="font-size:20px"><strong>Seulement, un mois plus tard, Didier Piganeau, <em>celui qui, d&#8217;après sa propre formule, est à la fois pion dans un lycée et Roi d&#8217;une confrérie étudiante sur l&#8217;échiquier de l&#8217;éducation nationale,</em> reçoit un appel de son grand plumitif : l&#8217;ambassade de Centrafrique à Paris a envoyé un carton d&#8217;invitation&nbsp;à l&#8217;adresse de Monsieur et Madame Didier I<sup>er</sup>.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">La lettre de l&#8217;ambassade centrafricaine à Paris</h3>



<p style="font-size:20px">Branle bas de combat à Poitiers, le grand conseil du Roi se réunit autour d&#8217;un apéritif royal : que faire ? Engaillardis tant par leur prouesse que par les débuts de l&#8217;ivresse, le monarque téléphone à l&#8217;ambassade pour s&#8217;indigner. « Vous comprenez, rien ne semble prévu à la sortie de l&#8217;avion, pas de protocole, je vous rappelle que je suis le Roi de Basoche. », le personnel parisien de l&#8217;ambassade se confond en excuses et demande à sa majesté de ne pas s&#8217;inquiéter, que tout est bien prévu, une voiture avec chauffeur lui sera mise à disposition. Fort bien, dans la foulée le Roi s&#8217;enquiert négligemment de savoir comment récupérer les billets d&#8217;avion et à sa grande surprise l&#8217;ambassade n&#8217;est absolument pas désarçonnée et lui donne rendez-vous à Orly dans quatre jours. Nous sommes alors début décembre, à l&#8217;approche du sacre de l&#8217;empereur qui se tiendra le quatrième jour de ce mois.</p>



<p style="font-size:20px">Le plus décontenancé de tous, en réalité, c&#8217;est le souverain Didier I<sup>er</sup> lui-même qui après une nuit de sommeil se décide à confirmer la discussion de la veille avec l&#8217;ambassade Centrafricaine. Il expose alors à demi-mots que la Basoche n&#8217;est qu&#8217;un modeste royaume, avec peu de sujets et un petit territoire dont la vocation est plutôt folklorique. Mais l&#8217;ambassade ne s&#8217;embarrasse d&#8217;aucune précision et lui rétorque : « Vous savez Monsieur, nous savons très bien qui nous invitons ». Par ailleurs, le départ a été avancé d&#8217;un jour et a lieu à Orly le lendemain matin de cet appel, seulement.</p>



<p style="font-size:20px">Voilà donc Didier Piganeau, sa compagne Dominique, et le Barde officiel du Royaume en route vers Paris. Ils ont pour seuls bagages des vêtements d&#8217;été et une tenue de gala, un costume pour Didier I<sup>er</sup> par dessus lequel il portera une cape noire et une faluche. La tenue d&#8217;apparat du royaume de Basoche détonne.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" width="499" height="689" src="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/didierpremier.jpg" alt="" class="wp-image-1128" srcset="https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/didierpremier.jpg 499w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/didierpremier-217x300.jpg 217w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/didierpremier-324x447.jpg 324w, https://www.curiositesjuridiques.fr/wp-content/uploads/2018/10/didierpremier-416x574.jpg 416w" sizes="auto, (max-width: 499px) 100vw, 499px" /><figcaption>Didier I<sup>er</sup> en tenue d&#8217;apparat</figcaption></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading">Aller à Bangui, une mission de haut vol</h3>



<p style="font-size:20px">Nos joyeux compères débarquent à Orly Ouest, se rendent à la porte d&#8217;embarquement indiquée sur l&#8217;invitation mais ne trouvent rien sinon personne. Le vol vers Bangui n&#8217;est pas indiqué sur les écrans, le royaume de Basoche a été pris à son propre jeu. Prêts à revenir bredouille, c&#8217;était sans compter la présence d&#8217;un jeune africain de l&#8217;âge de Didier Piganeau, vêtu d&#8217;un épais manteau de fourrure et d&#8217;un chapeau melon. Le Barde, le Roi et la Reine se dirigent alors d&#8217;un même mouvement vers cet homme et le souverain de Basoche décline fièrement son identité. Ils se trouvent en réalité face au Prince d&#8217;Éthiopie, Zera Selassié, qui confesse son ennui puisque lui non plus ne parvient pas à mettre la main sur son billet.</p>



<p style="font-size:20px">Les monarques, bras dessus, bras dessous, finissent par trouver un bureau auquel présenter leurs invitations pour obtenir un billet sur le charter pour Bangui, 150 places pour assister au Sacre. Seulement, aucun Piganeau ni Roi de Basoche ne figure sur la liste. Franchement abasourdi, c&#8217;est le Barde qui prend le relais de Didier I<sup>er</sup> en s&#8217;indignant, haussant la voix et hurlant à l&#8217;incident diplomatique. Toutes précautions prises, c&#8217;est un employé de l&#8217;ambassade qui est appelé, il demande alors à voir une carte de visite royale.</p>



<p style="font-size:20px">Coïncidence ou fait divin de Bacchus, le père de Didier a fait faire en urgence, la veille, par un ami imprimeur, des cartes de visite dernier cri estampillées du sceau de la Royauté. Le sésame est là, Monsieur et Madame Didier I<sup>er</sup> embarquent pour un voyage de cinq jours en Centrafrique. Si la plupart des convives semblent à la fête dès l&#8217;avion, l&#8217;étudiant en droit et sa compagne ne se sentent pas tout à fait à leur aise et appréhendent le traitement qui leur sera réservé à leur arrivée.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>« La veille au soir, vous êtes étudiant en train de bûcher votre droit civil, le lendemain vous êtes Roi au sacre de l&#8217;empereur.&nbsp;<strong>»</strong></strong></p><cite>Didier Piganeau, interview pour &#8220;Signes Particuliers&#8221; par Pierre-Edouard Deldique sur Radio France Internationale</cite></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Reçus comme des Rois en Centrafrique</h2>



<p style="font-size:20px">Au débarquement de l&#8217;avion, c&#8217;est une berline ministérielle – une R16 blanche – qui récupère les étudiants, prêts à charger eux-même leurs valises si le Protocole ne leur avait pas rappelé à temps leur royale condition. Escortés par deux motards, le convoi part à grande vitesse vers les quartiers chics de Bangui où une villa est mise à la disposition du couple. La quatre-vingt neuvième des deux cent voitures avec chauffeur prévues pour les invités du Sacre leur est attribuée, preuve qu&#8217;ils font partie des invités de marque parmi les sept mille que comptera la cérémonie. Deux boys leurs sont dédiés et une sentinelle protège la villa, elle leur présente les armes matin, midi et soir ainsi qu&#8217;à chaque fois qu&#8217;ils entrent et qu&#8217;ils sortent de la villa.Les comparses ont presque oublié toute gêne lorsque à vingt et une heure, découvrant le frigo vide, ils décident d&#8217;utiliser leur ligne directe vers le Ministre de l&#8217;intérieur pour faire part du scandale. À peine trente minutes plus tard, une camionnette débarque des vivres à la villa.</p>



<p style="font-size:20px">Le jour du sacre, les autres invités ne semblent pas dupes. « Un canular si énorme que vous n&#8217;y croyez pas vous-même, les autres ne semblent pas y croire non plus ! » explique Didier Piganeau. Mais la politesse et le protocole aidant, les échanges se résument souvent à &#8220;Vous êtes le roi de Basoche ? &#8211; Oui.&#8221;, n&#8217;apparaît pas idiot celui qui ne révèle pas ses lacunes par de plus amples questions sur le Royaume.</p>



<p style="font-size:20px">Le sacre de Bokassa au style Charlemagne exhibe un faste démesuré et une ferveur populaire achetée par l&#8217;empereur au prix d&#8217;un régime de plus en plus violent. L&#8217;État français prête chevaux et tenues pour accompagner le carrosse impérial sur le trajet ainsi que des caméramen de l&#8217;armée pour réaliser le film officiel.</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube aligncenter wp-block-embed is-type-video wp-has-aspect-ratio wp-embed-aspect-16-9"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" width="100%" height="100%" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="https://player.ina.fr/player/embed/CPD12002831/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/wide/1" allow="fullscreen"></iframe>
</div><figcaption>25 minutes &#8211; Reportage d&#8217;Arte et de l&#8217;INA sur le couronnement de l&#8217;Empereur Bokassa</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour à Poitiers sous l&#8217;œil des RG</h2>



<p style="font-size:20px">Ayant eu vent de la nouvelle, le retour à Paris se fait sous le regard amusé des journalistes et des étudiants poitevins venus accueillir le Roi Didier I<sup>er</sup> et celle qui deviendra son épouse, Dominique. Piganeau Père, lui, reçoit un appel moins chaleureux des renseignements généraux (RG) de la région ainsi résumé par son fils :</p>



<pre class="wp-block-preformatted"><strong>RG:</strong> Un certain Piganeau se fait passer pour le Roi de Basoche et aurait prétendu se rendre au couronnement de Bokassa. Mais comme nous sommes les RG, nous savons qu'il s'agit d'une blague, bien entendu, n'est-ce pas Monsieur Piganeau, que c'est une blague ?<br><br><strong>PP:</strong> Absolument pas. Non seulement c'est vrai, mais il est surtout déjà revenu.<br><br>- silence sur la ligne -<br><br><strong>RG:</strong> (Merde, qu'est-ce qu'on va dire au Procureur ?)</pre>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Si vous souhaitez en savoir plus, nous vous conseillons le livre de Didier Piganeau aux éditions de La Table Ronde, <em>Le Roi chez l&#8217;Empereur</em>.</p>



<p>Aujourd&#8217;hui, la Basoche est en sommeil mais le Roi Benjamin I<sup>er</sup> désigné en 2008 n&#8217;a toujours pas été destitué. <a id="g"></a><a href="#vii">[vii]</a></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p><a id="i"></a><a href="#a">[i]</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_de_la_Cité">Palais de la Cité &#8211; Wikipédia</a></p>



<p><a id="ii"></a><a href="#b">[ii]</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Basoche">Basoche &#8211; Wikipédia</a>, <a href="http://www.cosmovisions.com/ClercsBasoche.htm">Les Clercs de la basoche &#8211; Imago Mundi, Cosmovisions</a></p>



<p><a id="iii"></a><a href="#c">[iii]</a> <a href="http://faluche.info/le-royaume-de-la-basoche-anecdotes-et-histoire/">Le Royaume de la Basoche: anecdotes et histoire &#8211; Faluche.info</a></p>



<p><a id="iv"></a><a href="d">[iv]</a>&nbsp;<a href="http://www1.rfi.fr/radiofr/editions/072/edition_63_20080226.asp">Interview de Dider Piganeau pour l&#8217;émission « Signes Particuliers » de Radio France internationale animée par Pierre-Edouard Deldique</a> en trois parties sur YouTube <a href="https://www.youtube.com/watch?v=p9qbOddXwXI">1</a>, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=yvzq0IzHXQI">2</a>, et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=PSsszFKFg6I">3</a>. <strong>Source principale de l&#8217;article.</strong></p>



<p><a id="v"></a><a href="#e">[v]</a>&nbsp;cf. note [iii]&nbsp;</p>



<p><a id="vi"></a><a href="#f">[vi]</a>&nbsp;cf. notes [iii] et [iv] ainsi que pour toute la suite de l&#8217;article.</p>



<p><a id="vii"></a><a href="#g">[vii]</a> <a href="https://www.centre-presse.fr/article-382612-bitard-faluchard-et-basochard-il-y-a-quoi-sous-ta-faluche.html">Bitard, Faluchard et Basochard&#8230; Il y a quoi sous ta faluche ? &#8211; Centre Presse</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.curiositesjuridiques.fr/laffaire-de-letudiant-de-bokassa/">L&#8217;affaire de l&#8217;étudiant de Bokassa</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.curiositesjuridiques.fr">Curiosités Juridiques</a>.</p>
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